Quel bilan tirez-vous de l’année 2024 et quelles sont vos perspectives pour 2025 ?
Sur l’état du marché 2024 et 2025, je ne vais sans doute pas vous apprendre grand-chose. Je pense que beaucoup de monde vit la même période que nous. L’année 2024 a présenté certains défis. Et 2025 pourrait aussi se révéler exigeante. Le marché du neuf reste sous pression, tandis que celui de la rénovation, bien que porteur, n’atteint pas des volumes exceptionnels. Les perspectives restent donc modérées, mais cela n’empêche pas de maintenir un regard optimiste et une volonté d’adaptation face aux évolutions du secteur.
Il y a eu un frémissement du marché fin 2024, ce n’est pas suffisant pour vous ?
Nous n’avons pas constaté d’amélioration significative. Cela a sans doute concerné le gros œuvre. Et nous sommes plutôt dans le second œuvre, avec quelques solutions pour le gros œuvre. Pour l’essentiel, des technologies de plancher. En l’absence d’une reprise notable des permis de construire et de la construction de maisons individuelles, les difficultés risquent de persister. Bien que nous ayons des études en cours et quelques commandes, la situation reste loin de nos attentes et nous sommes assez éloignés de nos objectifs budgétaires.
Est-ce que cette situation vous oblige à vous concentrer davantage sur la rénovation par exemple ? Qu’est-ce qu’il faut faire pour passer ce moment-là ?
Nous continuons à répondre aux demandes de nos clients et à nous battre sur le terrain pour décrocher des affaires. Cependant, notre entreprise reste fermement opposée à l’idée de vendre à perte pour gagner des contrats. Une telle approche n’est ni envisageable ni viable à long terme. En tant que groupe familial, nous gérons les fonds de notre patron, et non ceux de grands investisseurs. Alors que certains groupes industriels peuvent se permettre de vendre à perte, en s’appuyant sur des fonds de pension, cette stratégie ne fonctionne que temporairement. Pour résumer, 2024 a bien commencé, mais a connu une fin difficile. Quant à 2025, nous sommes actuellement en phase de redémarrage, mais les résultats sont encore loin de ce que nous espérions.
Vous travaillez un peu sans vision finalement…
Oui, tout à fait. Nous sommes en flux très tendu. Nous essayons de faire du stock, parce que précédemment, les clients nous demandaient de livrer à 5-6 j ou, grand maximum, à 10 j. Désormais, sans vision au long terme, tout le monde travaille en flux tendu. Il faut livrer en 48 h ou 72 h. Et parfois, si on pouvait le faire en 24 h, ça serait même idéal pour eux. Les négoces stockent de moins en moins. Ce qui est compréhensible, parce que, qui dit “stocker”, dit “immobilisation d’argent dans les stocks”. Et ils veulent de moins en moins faire ça. Notre rôle à nous est d’accompagner nos clients durant cette période.
Cela ressemble à une transformation du marché. Et-ce que le fait de livrer à 48 h pourrait perdurer même lorsque le marché repartira ?
Nous espérons que non. Les négoces, lorsque le marché va repartir, devraient stocker à nouveau pour répondre à la demande. Mais il faudrait que le marché reparte correctement pour revenir à la normale. Il faudrait une croissance à hauteur de 15 % de plus que 2024 !
Est-ce qu’il y a le moindre signe qui vous fait espérer une reprise ?
Pas actuellement, c’est assez tendu. Nous avons la chance d’être sur différents marchés. Heureusement, celui du neuf n’est pas notre seul débouché. Nous avons une perte de chiffre d’affaires à deux chiffres sur le neuf. Et pour le moment, les permis de construire ne repartent pas fortement à la hausse.
Etre multi-marchés vous permet-il d’aller chercher les volumes là où ils sont ?
Edilteco France a été créé, il y a un peu plus de 20 ans, avec un marché quasi-unique, celui de la rénovation et sur une typologie de produits réduite. Nous avons réussi à nous développer et à nous orienter sur différents marchés. Comme l’isolation thermique par l’extérieur en 2010 par exemple. Ou à aller sur le marché du plancher. Nous avons réussi à nous diversifier et donc à nous développer. Ce qui nous permet aujourd’hui de nous maintenir. Quand un marché n’est pas en bonne santé, l’autre se maintient. Tels des vases communicants. Mais aujourd’hui, tous les marchés sont un peu touchés, sauf un, qui est particulièrement impacté, le logement neuf. Mais nous arrivons à nous maintenir dans la globalité.
Est-ce que l’innovation est une solution pour booster les ventes ?
Oui, l’innovation est une façon de se différencier. Mais innover pour innover peut parfois être compliqué, surtout quand le marché se tend. Les postes liés à l’innovation sont souvent les premiers touchés dans ces moments-là. Cependant, nous avons des idées et des projets en préparation. Ce qui manque, c’est un peu de budget pour les développer et les certifier, afin de les rendre réellement viables.
Ce qui veut dire que vous allez ralentir le rythme des nouveautés pour l’instant ?
Oui, nous avons ralenti un peu. Certains projets sont même en stand-by. D’autres continuent parce que les investissements sont importants, il faut donc aller au bout.
Sur l’année 2024, vous avez tout de même sorti trois nouveaux produits pour la préparation des sols…
Tout à fait. Le PolitermR est sorti depuis un certain temps. La fin d’année a vu l’arrivée de la Chape XXa et de l’OlimiXX. La Chape XXa est un complexe acoustique composé d’une chape légère associée à une Scam (Sous couche acoustique mince). L’OlimiXX est un produit qui est à base de granulats de noyaux d’olive concassés. Issus de la fabrication de l’huile d’olive…
En utilisant des noyaux d’olive, l’idée est de faire baisser l’empreinte carbone ?
Oui, ces noyaux sont inutilisés dans l’industrie du bâtiment. Ce qui permet d’avoir une filière de recyclage pour ces produits-là. C’était déjà le cas pour le PolitermR. Nous recyclons nos déchets liés à la production du PSE. Il y a quelques années ces produits-là étaient compactés et revendus pour refaire de la matière première. Aujourd’hui, nos déchets de polystyrène sont regranulés, réutilisés et réintégrés dans des produits où nous mettions auparavant de la bille de polystyrène vierge. Ce qui est plus noble.
Il s’agit-là d’un modèle que vous allez répéter ? Par-là, j’entends, trouver des déchets ou des co-produits industriels à intégrer à vos formulations ?
Oui. Et dans les nouveautés que nous avons mises en stand-by, il y a des solutions qui incluent ce type de produits. Nous avons plusieurs pistes de revalorisation de co-produits ou de déchets d’autres industries.
La Chape XXa est le fruit d’une collaboration avec un autre industriel pour créer un complexe. Est-ce que, là aussi, il y a une piste de développement pour d’autres projets ?
Aujourd’hui, nous ne sommes pas fermés à renouveler l’expérience. Nous travaillons avec des partenariats. Nous sommes dans un domaine que nous connaissons et maîtrisons. Des confrères sont sur des domaines voisins ou connexes. Nous trouvons des synergies entre leur typologie de pôles de fabrication et les nôtres. Ainsi, nous arrivons à nous associer pour développer des produits. Alors, oui, d’autres produits de ce type devraient apparaître dans le futur.
Vous avez mis des produits en stand-by. Est-ce qu’il y a quand même des sorties de prévues pour le premier semestre ou pour l’année 2025 ?
Dans le second semestre ou le dernier trimestre de l’année, une nouveauté majeure va sortir. Nous avons beaucoup de certification, beaucoup de mise en place au niveau de l’industrialisation à valider pour lancer cette innovation. Il s’agit d’un projet conséquent, qui prend pas mal de temps. Nous sommes dessus depuis plus d’un an. Voilà pourquoi ce projet n’a pas été mis en stand-by. Nous avons aussi déjà beaucoup investi en hommes et en argent. Ce gros projet devrait nous permettre de continuer d’avancer.
Nous avons parlé de la création de produits à empreinte carbone réduite. N’est-ce pas là, un nouveau marché susceptible de relancer l’économie ?
Je vais être honnête avec vous. A mon sens, c’est un peu un effet de mode. On se trouve un peu dans la même situation que le marché de l’automobile avec les voitures électriques. Ce secteur a bénéficié de fortes aides pour encourager les particuliers à acheter ce type de véhicules, mais maintenant que ces aides ne sont plus maintenues, le marché ralentit et se tend, tout comme le nôtre.
Il y a bien une demande de la part des clients et c’est important de proposer ces solutions, mais cela ne se traduit pas forcément par un achat massif. Nous sommes très conscients des enjeux environnementaux et fiers de proposer des solutions bas carbone. Cependant, dès quel’ évoque les prix, beaucoup de clients hésitent.
Nous avons la gamme Green qui est une amélioration de nos gammes de produits. La gamme a été remplacée complètement. Nous n’avons pas démultiplié les produits. Et nous allons encore les améliorer avec l’utilisation de ciments plus bas carbone. Mais ce ne sont pas les produits bas carbone qui vont relancer le marché.
Même avec les nouveaux paliers de la RE 2020, l’empreinte carbone n’est pas un argument commercial, un élément de choix décisif ?
Le nerf de la guerre reste l’argent. Les clients finaux restent réticents à payer un produit 30 % plus cher, pour quelque chose qui ne changera pas grand-chose pour eux dans leur projet. Effectivement, les réglementations les y obligent. Nous avons eu un durcissement en début d’année, qui a demandé pas mal d’efforts. Et le prochain est pour 2028. Mais pour l’instant, la globalité du marché n’est pas repartie. Ce qui ne nous empêche pas de poursuivre l’évolution de nos gammes.

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